lundi 20 octobre 2014

Vernissage de l'exposition de Jean-Robert Loquillard au Carla-Bayle

Samedi dernier, le 18 octobre 2014 se sont réunis autour des clichés de Jean-Robert Loquillard un bon nombre de visiteurs. La Galerie du Philosophe accueille l'exposition née au sein du gérontopôle du CHU de Toulouse. Les photographies de l'artiste ont ému et touché par la sensibilité du sujet et la qualité des prises de vue. 


Notre président Jean-Pierre Pourtier a su introduire cette exposition avec une étonnante poésie :


La Rue des Arts à la démarche et pour fonction de vous révéler des artistes agissant sur le thème du contre sens/dissidence.
La question que je me suis posé est : est-ce que Jean Robert Loquillard rentre dans cette notion du contre sens artistique ?
Ce à quoi, je bafouillerais plutôt que dire : par l’angle qu’il nous donne à voir de la photographie… je pense que non, bien au contraire, je dirais même que de la photographie classique, il a le nez dedans…
Mais… et bien sûr il y a un mais…
Étant donné le sujet traité, je ne peux rester insensible quand l’artiste fond dans le corps social, il fait de sa vision par de le beau, un hommage à la vie.
Et par l’angle d’attaque qu’il nous donne à voir, il me semble que s’opère un renversement sur les valeurs de la démarche. Il ne fait pas spécifiquement de l’art pour l’art, il invoque l’art pour dire, l’art comme sens manifeste pour y provoquer un certain regard, où la dissidence à valeur de beauté. 
Il s’agissait pour lui de tendre des pièges au regardeur pour nous inciser une autre façon de voir les personnes atteintes de pathologies lourdes.
Un regard qui tout en douceur, fait passer ce que nous pouvons discerner du "mal à l’aise" de ces photographies.
Nous ne sommes pas, par la présentation de ces images dans la sensiblerie, mais bien dans une approche où l’artiste par le choix du thème plonge dans le vivant de l’être et cherche par ce moyen par le glissement des jeux de lumière, par ces angles d'interventions d’intercepter notre regard, dépasser nos conceptions que nous nous faisons de la vieillesses, de ce vieillissement handicapant. 
Je vois que Jean-Robert souligne et rompt par l’excès du détail avec le quelque chose de difficile à traduire et à dire par des mots, par la répétition, nous fait-il toucher du doigt avec beaucoup de délicatesse cette fin de vie irrecevable qui hante chacun de nous.
Beaucoup de silence dans ces images qui imposent le respect, beaucoup d’amour et de tendresse. Un regard feutré sur nos vieillissements, une forme adoucie de notre propre essence voyeuse d’un de-venir. 
C’est avec une grande émotion que Jean-Robert Loquillard nous parle et appréhende cette fin de vie inhérente de notre développement social, soulevant également le caractère cloisonné, détaché des valides, le sens institutionnel marginalisé, quasi burlesque. 
En prenant la lumière comme source de vie, ces photographies éclatantes nous illuminent, par leurs aspects paisibles, nous détachent de notre monstruosité.
Un regard quasi d’anthropologue plein de délicatesse et d’amour où dansent les jeux des mains ; où se retient le souffle qui nous interpelle de cette danse, de l’imprégnation d’un sens autre, où les mains, on le perçoit bien ici, prennent toutes leurs significations, mains qui font liens de sociabilité et de justesse dans ces lieux où se toucher peut être proscrit, un abord entre le jeu de la danse et la transgression de l’impensable toucher. Une histoire de corps qui nous ramène sans relâche à nos jeux de mains d’enfants, sur leurs sens qui fondent le lien, le territoire sociabilisé entre les hommes et femmes de tous âges. 
Des mains qui interpellent et nous questionnent sur ce qui fait manquement à l’expression d’un toucher social en décadence.
Oui ! Jean Loquillard entre bien dans le critère de la Rue des Arts lorsque on évoque cette dissidence artistique.
Car en cela, et j’en terminerai là, Jean-Robert Loquillard investi par sa photographie un plus de l’humanité cachée, qu’il nous dévoile, un plus qu’il ne voit dira-t-il de la vie :
« La force, la force de vie que j’ai ressentis.»

Jean-Pierre Pourtier

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