lundi 23 mai 2016

Loreto CORVALÁN dernière semaine à la Galerie du Philosophe

Comment parler, faire voie d’un "dire" articuler un tant soit peu de parole sur le travail de Corvalán.
Magnifique travail, et pourtant me voilà confronté à une difficile énigme où se presse le trait sur une toile sans cadre... carrée. Comme si la toile carrée, se devait de dire quelque chose de carrée. 
Alors vient l’interrogation du sens. Car quel sens peut se soumettre à nos regards où se suspend la légèreté du signe, où nos mots restent dessaisis par le regard, où notre parole ne devient qu'une parole muette, figée à une attention, sans ne pouvoir émettre un son.
Me viennent alors à l’esprit certains travaux de Twombly, ou même, les premières œuvres de Basquiat. Mais ici, rien de cela. Le trait aéré ne se corrompt pas de violence. L’écriture est douce, calme, poétique, un chuchotement de symboles tracés, quasi gravés à l’encre rouge et noire où s’estompe souvent, en superposition, un délicat blanchi.
Une image où se glisse d’autres images, une image dans l’image. Un tracé de couleurs quasi inexistantes, pas franchement mélancolique, où se relâche une trace de nostalgie, une articulation comme pour faire le point de quelque chose d’insaisissable. 
Il nous faut regarder de plus près, s’appesantir, entrer dans les détails. Ainsi l’artiste, Loreto nous oblige à dévoiler petit à petit les traces de "son sensible" où les personnages flottent sans raison, dans la déraison. Sorte de mannequins gommés, ou déconstruits. Ils semblent désincarnés, têtes tronquées, comme s’il s’agissait de têtes de porcelaine. Un bâtit au tracées de couturière où se déploie ce qui se voudrait réel. On vaque ainsi sur ce plat de toile flottante flottant dans ce monde indécis entre le réel et l’imaginaire. Flottant de notre regard vers quelques mots qui s’en viennent là en écriture "d’enfance" remplie d’un sens énigmatique, dont les signes sont parfois écrits en miroir, d’un titre des plus déconcertant où la raison se perd dans une fluidité de paroles silencieuses.
Aussi nous laissons nous dériver, ballottés sur un terrain sans fond.

Il me semble que Loreto Corvalán montre une vision du monde investie de signes pour y effacer de la mémoire les traces d’une souffrance dont nous ne pouvons en recevoir que de particules traces, tant "l’inimaginable", qui en construit le sens, la rend intenable. Aussi est-elle à même de nous basculer, par la restitution de corps disloqués, par la restitution d'un graphisme estompé, nos histoires sociales, nantis du bestiaire de l’enfance. Il s'agit là d'une démystification de la parodie de l'adulte de ce que nous recevons du monde. Un point d'articulation vers l’enfance. Un appui hors de la raison pour que s’embarque par le rêve l’atténuation de la souffrance. Finalement plus je regardais et plus je pensais que la souffrance ne résidait qu’à une articulation de sensations de mémoire effacée, ne laissant sur la feuille qu’un espace restreint, juste pour que s’y joue le palimpseste du trait. La marque d’un temps arrêté, circonscrit hors du corps où bascule un dialogue entre l’artiste, nous et le cadre lui même. Aussi, filons nous au fil de ses histoires... pardon...de nos histoires, vers une dérive où s’exilent les déchirements vers des signes d’images décolorées. Un noir et blanc, où par le dévers se verse un imaginaire décousu où s’abreuvent les rêves de l’enfance.

Faire de l'affliction une image décloisonnée vers des rêves où l’enfance se perd.
Merci à toi Loreto Corvalán pour cette magnifique expo
sition.
J.-P. Pourtier, Avril 2016